La baisse des prix du pétrole brut amplifiée par la spéculation

le 19 December 2014

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Selon Zawya, reprenant les propos du secrétaire général de l’OPEP Abdullah al-Badri, les cours ne reflètent pas les fondamentaux de l’offre et de la demande de pétrole et pourraient avoir été influencés par des spéculateurs. Concernant une réunion exceptionnelle de l’OPEP avant juin ou une rencontre avec les producteurs non-OPEP, le secrétaire général s’est montré clair : il refuse de telles réunions, qui n’auraient pas d’effet sur les prix du pétrole. Il déclare également qu’il n’y a pas d’objectif de prix, et que la politique de l’organisation n’est dirigée ni contre les Etats-Unis et le schiste, ni contre la Russie. Al-Badri affirme qu’il est important que la production se poursuive au niveau actuel pour la période à venir d’autant plus que l’Iran et l’Irak, impactés respectivement par des sanctions et par l’insécurité, ne pourraient significativement augmenter la production avant 2-3 ans. L’OPEP tient sa décision, pour le moment…

Selon Reuters, les principaux pays du Golfe membres de l’OPEP ont averti qu’ils étaient prêts à attendre 6 mois à un an pour voir le marché se stabiliser. Certains observateurs de l’OPEP considéraient 60$ comme une ligne rouge à laquelle l’OPEP aurait envoyé le signal que les prix avaient chuté trop vite et trop fortement. Le Brent est passé sous les 60$/b.

En attendant, suite à la décision de l’OPEP de maintenir l’objectif de production à 30 Mb/j, l’AIE s’est exprimé pour indiquer qu’elle anticipe une stabilisation du niveau d’offre et de demande à court terme suite. La chute des prix devrait avoir un impact modeste sur l’offre à court terme, en particulier pour le “light tight oil” américain (pétrole de schiste). Seule la Russie pourrait être affectée avec la baisse de la devise et les sanctions. Sur la demande, dans les pays producteurs, les conséquences sont négatives, notamment en Russie.

Toujours selon l’AIE, dans les pays importateurs, l’impact de la baisse des cours sera modéré. Si les prix élevés ont entraîné une substitution au pétrole ou des gains de productivité, la baisse des prix ne suscitera pas le retour à la consommation antérieure. Le dollar fort, les taxes et les baisses de subventions limitent en effet l’augmentation de la demande avec, également dans l’OCDE, les risques de déflation. Les prix bas du pétrole affectent davantage les dépenses à moyen/long terme qu’à court terme.

L’AIE a abaissé de 230 kb/j à 93,3 Mb/j son estimation de demande pour 2015. La demande serait ainsi en hausse de 0,9 Mb/j vs 2014. Du côté de l’offre, la production a reculé de 340 kb/j en novembre à 94,1 Mb/j, essentiellement du fait de l’OPEP. Elle progresse cependant de 2,1 Mb/j en annuel. La croissance du  “light tight oil” américain devrait ralentir à +1,3 Mb/j en 2015 (vs un record de +1,9 Mb/j en 2014). Les estimations de production en Russie sont abaissées de 70 kb/j, à 10,8 Mb/j par l’impact de la baisse des cours et des sanctions. La production OPEP a diminué en novembre de 315 kb/j à 30,32 Mb/j, notamment en Libye (-180 kb/j vs octobre à 690 kb/j), où la situation s’est à nouveau dégradée, et en Arabie Saoudite (-70 kb/j à 9,61 Mb/j). En revanche, la production augmente en Irak (+60 kb/j à 3,38 Mb/j) grâce à l’accord sur les exportations avec le GRK. La demande adressée à l’OPEP en 2015 est estimée à 28,9 Mb/j en 2015.

Enfin, selon le Financial Times, la baisse des cours a un fort impact sur les opérateurs de “stripper well” (exploitant des puits produisant généralement moins de 2b/j). On compte plus de 400 000 puits de ce type, avec une production totale de 700 000b/j en 2012 (11% de la production de pétrole US). L’extraction de pétrole ne serait plus rentable pour certains de ces puits, et des fermetures devraient se dérouler rapidement. Cependant selon le directeur de la National Stripper Well Association, les prix devront chuter significativement et durablement pour que les producteurs coupent leur production ou ferment des puits. Des opérateurs historiquement réactifs.