La BCE ne gagne pas la confiance des marchés

le 11 mars 2016

Si la BCE a un temps surpris par ses décisions de baisser trois taux directeurs. Rapidement les marchés financiers ont pris leurs bénéfices.

Suite à la réunion qui concernait sa politique monétaire, la Banque centrale européenne a annoncé toute une série de mesures. Les achats obligataires mensuels de la BCE sont relevés de 20 milliards d’euros à 80 milliards d’euros à partir d’avril 2016. Les obligations d’entreprises (hors banques), notées « investment grade » vont être éligibles au programme de la BCE à partir de la fin du deuxième trimestre. Les achats d’actifs se poursuivront jusqu’à ce qu’il y ait un retour de l’inflation vers l’objectif de la BCE de 2 %. Une liste d’obligations d’entreprises, que la BCE étudiait, avait d’ailleurs été publiée sur son site. On pouvait y voir des entreprises ayant des liens capitalistiques avec les Etats membres comme les producteurs d’électricité, des concessionnaires de réseaux routiers ou ferrés…

La BCE a choisi de baisser le taux de refinancement de 0,05 points à 0%,  taux auquel les banques empruntent auprès de la BCE. Elle a aussi baissé le taux de facilité de prêt marginal de 0,05 à 0,25%, taux « d’urgence » auquel les banques empruntent auprès de la BCE. Le taux de rémunération des dépôts est aussi réduit de 0,10 à -0,40%, taux qui rémunère les dépôts des banques auprès de la BCE. Ce taux négatif est censé inciter les banques à faire circuler les liquidités au lieu de les placer auprès de la BCE. Pour finir, il y a de nouvelles opérations trimestrielles de refinancement à long terme (TLTRO II) : quatre opérations au total de mars 2016 à mars 2017 avec une maturité de 4 ans seront lancées. Le taux sera le taux de refinancement (0%), mais les banques auront des taux plus bas en fonction de leur activité de crédit, jusqu’à un minimum du taux de dépôt (-0,40%). Les taux devraient être négatifs pour certaines banques.

Beaucoup de ces mesures vont au-delà des attentes des analystes. La BCE ménage les banques et leur permet de maintenir leurs marges d’intérêt. Pour autant, après l’euphorie qui a suivi ces annonces, le marché actions s’est retourné violemment pour clôturer en baisse de -1,70% (CAC 40). Le taux 10 ans allemand (bund) a subi une sévère correction en passant de 0,15% à 0,32%. Le taux à 2 ans qui désormais n’anticipe plus de baisse supplémentaire, est lui aussi remonté, entraînant une forte progression de l’euro (de 1,08 à 1,11).

La réaction des marchés actions pourrait s’expliquer, au delà de la forte remontée de l’euro, par l’approche de fortes résistances techniques sur les indices européens et des prises de bénéfices massives après trois semaines de rebond. Les banques centrales sont désormais à la limite de leurs moyens d’intervention, ce qui entame la confiance des investisseurs. Les obligations « high beta » (high yield, subordonnées, hybrides) sont pour l’instant les grands bénéficiaires  de ces mesures.