La chute des investissements pétroliers ouvrent la voie à un baril à 200 dollars

le 30 janvier 2015

Découvrez les actualités qui ont marqué la semaine du 26 au 30 janvier 2015 pour le secteur pétrolier et de l’énergie.

 

Selon Wood Mackenzie, cabinet de recherche dans le secteur de l’énergie, les capex dédiés aux développements upstream devraient reculer de 40% cette année, à 90Md$ contre 140Md$ en 2014. En conséquence, le cabinet prévoit une baisse de 26% du nombre de puits forés aux Etats-Unis, à 27 000 en 2015 contre 37 000 en 2014. Wood Mackenzie ajoute que les coupes dans le nombre de forages aura un impact « sérieux » sur le secteur des services pétroliers, et que le « rig count » pourrait bien passer d’une moyenne de 1 800 en 2014 à moins de 1 300 en 2015. Les réductions de budget d’investissement annoncées par les acteurs E&P aux Etats-Unis vont dans le sens d’une réduction très significative, en ligne avec l’étude publiée par Wood Mackenzie.

De son côté, Wall Street Journal constate, suite au décès du roi Abdallah, que son successeur, Salman, a maintenu à leurs postes l’essentiel des ministres en place, dont le ministre du pétrole Ali Al-Naimi, indiquant dans une intervention télévisée qu’il allait continuer sur le même chemin que son prédécesseur et qu’il n’y aurait pas de changement dans la politique du royaume. Le prince héritier, Muqrin (70 ans), doit désormais occuper le siège laissé vacant par le nouveau roi. Le nouveau roi, a aussi nommé par décrets le prince Mohammed ben Nayef (55 ans), futur prince héritier – après Muqrin – et l’un de ses fils, Mohammed ben Salmane, ministre de la défense. Le prince Mohammed ben Nayef, qui reste ministre de l’intérieur, est considéré comme l’artisan de la lutte contre Al-Qaida. Sa nomination en tant que futur prince héritier marque l’entrée des petits fils du roi Abdel Aziz, fondateur du royaume saoudien – dans la lignée de succession. Les mécanismes de succession fonctionnent même si la santé du nouveau roi est donnée précaire. Alors que le pays est confronté à de nombreux défis. La presse de ce matin rapporte que l’Allemagne a décidé de stopper ses livraisons d’armes vers l’Arabie Saoudite en raison de l’instabilité de la région. Nous avions évoqué dans notre lettre de la semaine dernière le risque géopolitique potentiel dans la zone avec l’annonce de la démission du gouvernement yéménite et la prise de la capitale Sana par les rebelles chiites.

 

Premiers résultats trimestriels : chute des investissements confirmés
La saison des résultats est le moment idéal pour étudier l’impact sur les sociétés de la baisse des prix du pétrole, les vues de celles-ci sur le futur et les mesures prises pour y faire face. RD Shell et OMV ont tous les deux annoncé des mesures de restructurations, des réductions d’investissement et prévoient une année difficile. Maintenir la neutralité du cash-flow est primordial. Cela s’est accompagné d’un gel du dividende pour RD Shell, ce qui a pu décevoir. ConocoPhillips avait déjà annoncé des baisses d’investissements et accentue les coupures …Qu’en sera-t-il pour les suivants ? La poursuite de la « reporting season » sera intéressante.

Dans ce contexte, l’enquête du Financial Times sur les conséquences de la baisse récente du baril et ses éventuels impacts en cas de stabilisation de ce dernier autour de 50$ jusqu’en 2020 arrive à point nommé. Les groupes les plus endettés seraient parmi les plus impactés négativement, le secteur a d’ailleurs eu tendance à recourir à l’endettement pour investir (DN/EBITDA passant de 0,7 x en 2008 à 1,8 x en 2014). Petrobras dans ce cadre devrait notamment céder des actifs. Les groupes exposés à la Mer du Nord où la fiscalité a doublé entre 2000 et 2014 pour atteindre 60 % seraient également les plus affectés par ce scénario. Les autres grands perdants seraient les sociétés de services pétroliers à l’image de Transocean mais également des groupes comme Saipem et Subsea7 dont l’endettement n’a cessé de croître sur les cinq dernières années. Les gagnants seront les compagnies intégrées (l’article mentionne Exxon et Shell) qui ont été sous la pression ces dernières années de leurs actionnaires afin d’augmenter leurs retours sur capitaux employés et qui ont dans ce cadre décalé le lancement de projets et réduit leurs coûts et qui ont des situations financières moins tendues.

 

Et demain ?
Mais le plus signifiant dans les actualités de cette semaine a été la prise de position de Abdullah al-Badri, le secrétaire général de l’OPEP. Lors d’une interview à Reuters, il a déclaré que les prix du pétrole pourraient avoir  atteint un plancher, et qu’ils pourraient rebondir très bientôt. Il a également déclaré que des coupes dans la production de l’OPEP pourraient mener les producteurs à des excès de capacités disponibles, ce qui les dissuaderait d’investir, engendrant ainsi une pénurie sur le marché après 3-4 ans et mènerait finalement à une flambée des prix qui pourrait aller jusqu’à 200$/b. M. al-Badri a ajouté que le changement de politique de l’OPEP prendra du temps, et que l’organisation attendra de voir comment le marché se comporte à la fin du S2 2015 avant d’envisager des efforts concrets. Pour l’instant, le plancher semble friable.

Pendant ce temps-là, d’après le Financial Times, Barack Obama a déclaré qu’il était prêt à augmenter significativement les sanctions sur la Russie, alors que de nouvelles attaques des séparatistes à Mariupol, en Ukraine, ont fait 30 tués et plus de 100 blessés. M. Obama a déclaré être « profondément préoccupé » par la rupture du cessez-le feu, et que les rebelles avaient reçu « de l’aide russe, des équipements russes, des financements russes, de l’entrainement russe et des troupes russes». Le président a ajouté qu’il évaluerait quelles étaient les options possibles, hormis militaires, pour répondre à ce problème. Cependant, rappelle le Financial Times, les capitales européennes, principales alliées des Etats-Unis sur cette question, restent divisées sur la mise en place de nouvelles sanctions.