Que retenir de Christophe de Margerie, président du Groupe Total ?

le 21 October 2014

Christophe de Margerie est décédé lundi soir dans un accident d’avion sur l’aéroport Vnikovo à Moscou, son avion a percuté une déneigeuse présente sur la piste. Turgot Asset Management se souviendra de lui comme l’un des plus attachants patrons de l’industrie française : très humain, passant du temps à communiquer et nous faire comprendre son entreprise mais aussi le monde dans lequel elle évoluait. Il va beaucoup nous manquer.

Une mort accidentelle en pleine baisse des prix du pétrole
Christophe de Margerie avait réalisé toute sa carrière dans le groupe Total. Il y était entré en 1974 comme simple stagiaire. Puis, il y avait occupé les principales responsabilités de l’Amont à partir de 1999 pour ensuite en devenir le Directeur général en 2007 et le Président directeur général en 2010. Son mandat venait à expiration en 2015 mais le changement de statut adopté l’an passé lui permettait de briguer un nouveau mandat de trois ans. La mort accidentelle d’un Président est toujours un choc pour une entreprise. Et celle de Christophe de Margerie intervient dans un environnement perturbé avec une baisse des prix du pétrole de près de 30% depuis leurs plus hauts niveaux de juin 2014.

La stratégie, jugée frileuse des années 2004-2009, avait rendu Total absent des thèmes pétroliers émergents : pétrole antésalifère au large du Brésil (pétrole en offshore profond piégé sous des couches de sel), offshore profond en Afrique de l’Ouest, huile et gaz non conventionnels, ainsi que des projets de GNL en retard par rapport à la nouvelle vague de développements lancés en Australie. La critique a ultérieurement évolué. Alors que sous l’impulsion de Christophe de Margerie, le groupe multipliait les initiatives pour se repositionner sur les nouveaux thèmes. C’est la dispersion des investissements et leur faible impact unitaire qui ont été incriminés.

Force est de constater que, malgré quelques couacs parmi lesquels on peut citer les déceptions sur la croissance des productions, l’échec sur les sables bitumineux au Canada et le gaz de schiste aux Etats-Unis par exemple, cette nouvelle impulsion donnée à la stratégie en 2010 par Christophe de Margerie aura permis de modifier la physionomie du groupe et de bien le positionner dans un environnement pas toujours évident. Total dispose actuellement d’un Amont redynamisé, d’un Aval restructuré sur lequel des efforts sont à poursuivre, notamment du côté des raffineries en France dont la prévision de fermeture a été tout récemment annoncée.

Une succession déjà en marche
La succession de Christophe de Margerie était déjà en cours de préparation. Deux candidats naturels avaient émergé jusqu’à présent : Patrick Pouyanné, directeur de la division Raffinage-Chimie, et Philippe Boisseau, directeur général Marketing & Services. Ces deux hommes ont accompli l’essentiel de leur carrière dans le groupe où ils ont exercé des responsabilités dans l’Amont, le cœur de rentabilité du groupe et le principal contributeur aux résultats (80%). Le conseil d’administration, réuni le mercredi 22 octobre, a porté son choix sur Patrick Pouyanné pour la direction générale et sur Thierry Desmarest, qui retrouve la fonction de Président du conseil d’administration, qu’il avait cédé à Christophe de Margerie en 2010, pour assurer l’intérim.

 

Sandrine Cauvin évoque la disparition de Christophe de Margerie et l’avenir du groupe Total sur BFM Business