Revue des marchés – Bilan 2015

le 15 janvier 2016

Les premiers mois de l’exercice (jusqu’en avril 2015) ont fait la part belle aux marchés actions. La politique monétaire de la Banque Centrale Européenne a été à ce moment le principal moteur de la hausse. Anticipé par les marchés, puis annoncé par Mario Draghi, le Quantitative Easing à l’européenne (60Mds€ d’achats mensuels d’obligations d’Etat) a pleinement satisfait les investisseurs. Faisant baisser les taux souverains de la Zone Euro à 10 ans à des niveaux exceptionnellement faibles (Quasiment 0,1% pour le 10ans allemand, inférieur à 0,5% pour l’OAT français et près de 1% pour les 10 ans italien et Espagnol), le QE européen a provoqué une dépréciation de l’euro par rapport au dollar américain. La parité eurodollar qui évoluait à 1,2156 en début d’exercice a ainsi atteint son point bas à 1,05 au mois de mars. Cet effondrement mécanique de l’euro a enfin eu des répercussions mécaniques sur le pétrole dont le cours a commencé de s’effondrer. Le Brent à 57.90$ en début d’exercice a vu son cours progressivement glisser vers les 47$. L’ensemble de ces paramètres a favorisé les entreprises européennes avec ce fameux cocktail : Baisse des taux (et donc du coût du crédit), baisse de l’euro (donc compétitivité accrue sur les marchés mondiaux) et baisse du pétrole et des matières premières (et donc de la base de coûts). Du coté des Etats-Unis,  les investisseurs sont dans l’expectative. Ils constatent mois après mois la décrue du chômage et la solidité des publications de résultat, notamment dans l’automobile. Alors que les valorisations sont élevées sur les marchés, ils regardent avec attention la déprime de leur secteur pétrolier et l’impact d’un dollar fort sur les exportations américaines. La Fed, inquiète de ce double impact, se laisse du temps pour enclencher la première hausse des taux.

 

A partir de mai, la situation a été plus compliquée pour les marchés actions. Les sources d’inquiétudes se sont multipliées: jusqu’en juillet, le risque politique en Europe fait son retour avec la menace de la sortie de la Grèce de la Zone Euro et le risque d’implosion de cette dernière. En août, c’est la Chine qui inquiète avec un ralentissement de sa croissance qui ne semble pas être maitrisé. La triple-dévaluation du Yuan par la banque centrale en Chine raisonne alors comme un avertissement sur la croissance du pays. Ce mouvement impacte durement les matières premières qui s’effondrent et les marchés émergents dans leur globalité qui voient leurs devises sous pression. Le Brésil et la Russie font alors partie des victimes notables. Le mouvement d’aversion au risque se généralise et aboutit à un flash-crash le 24 aout 2015, qui se traduit par une baisse des indices actions de part et d’autres de l’Atlantique supérieure à 10% en séance.

 

Ces multiples faiblesses ont empêché la Fed de relever ses taux directeurs en septembre et ont ravivé les craintes des investisseurs sur la croissance mondiale. Jusqu’à la fin de l’exercice, les statistiques déprimées venant de Chine, du Brésil et d’une manière générale des émergents empêchent les investisseurs de revenir sur les actions. Ceux-ci auraient pourtant pu se concentrer sur la reprise de la croissance en Zone Euro, notamment supportée depuis l’été par la reprise du crédit. Leur confiance est surtout revenue lors du mois d’octobre alors que les membres du conseil de la BCE, Mario Draghi en tête, multiplient les discours accommodants et permettent aux investisseurs d’anticiper de nouvelles mesures de la BCE pour le mois de décembre. Si de nouvelles mesures arrivent début décembre, elles déçoivent largement les marchés avec un simple allongement de la durée du QE jusqu’en mars 2017, et une timide baisse des taux de 10bp. Pas d’augmentation du montant de rachats mensuels, donc. Les marchés actions européens décrochent sur le mois (-6,74% dividendes réinvestis) avec un rebond de la parité eurodollar à 1,10. Le premier relèvement des taux de la FED, largement anticipé par le marché car faisant suite à de solides chiffres de l’emploi, de l’immobilier et de la consommation aux Etats-Unis, intervient en décembre quelques jours après les annonces de la BCE et ne permet pas au dollar de rebondir. Les marchés américains tiennent à peu près sur le mois (-1,63% dividendes réinvestis), mais la performance ramenée en euro souffre de cette évolution de la devise (-4,40% divendes réinvestis)  et impacte le fonds. Après 52 milliards de décollecte (flux net actions & obligations) au cours du troisème trimestre 2015, les émergents ne rebondissent pas, trop faibles pour attirer les capitaux d’investisseurs paralysés par la volatilité croissante des marchés. Les matières premières continuent leur parcours dans le rouge, avec en point d’orgue, un baril de Brent à 37,28$ à fin décembre.