Des doutes autour de la position de l’OPEP

le 15 mars 2015

Découvrez les actualités qui ont marqué le secteur de l’énergie, et en particulier du pétrole, durant la semaine du 8 au 12 février 2015

 

Reuters rapporte les déclarations d’Adbdullah al-Badri, le secrétaire général de l’OPEP. Celui-ci a déclaré dimanche lors d’une conférence au Bahreïn que l’OPEP ne devrait pas couper sa production pour « subventionner » le pétrole de schiste, qui est plus cher à produire. Selon lui, « le tight oil coûte trop cher à produire. On ne peut pas le produire à 70-80$ ou 90$/b, il faut que les prix du baril soient à plus de 100$ pour en produire, en vendre, et obtenir un profit« . Il a ajouté qu’il n’était pas possible que l’OPEP continue à réduire sa production à chaque fois, et qu’il fallait laisser le marché décider. M. al-Badri a également déclaré que la surcapacité de production pourrait atteindre 2Mb/j, mais que les marchés allaient sans aucun doute revenir à l’équilibre au T2 2015. Enfin, il prévoit une augmentation de 60% de la demande en énergie d’ici 2040; ajoutant que le pétrole resterait une source centrale d’énergie.

Dans le même temps, Reuters rapporte les propos de Nawal Al-Fuzaia, la gouverneure koweitienne de l’OPEP, qui a déclaré que l’OPEP n’allait probablement pas modifier sa politique lors de sa prochaine réunion, prévue le 5 juin à Vienne. L’OPEP prévoit un rééquilibrage des marchés, poussé par une augmentation de la demande et une diminution de la croissance de production américaine. Mme Al-Fuzaia a ajouté qu’elle ne s’attendait pas à ce que les prix du pétrole descendent en dessous de 40$/b. Les avis ont le temps d’évoluer d’ici le 5 juin.

Pour preuve, selon Reuters, Amin Nasser, le vice-président des activités upstream de Saudi Aramco, a déclaré que l’industrie pétrolière et gazière globale était prête à annuler potentiellement environ 1000Md$ d’investissements ces deux prochaines années. M. Nasser a ajouté que le chiffre comprenait des projets qui pourraient simplement être retardés, et pas uniquement des annulations pures et simples. D’après les sources de Reuters, Aramco a décidé de mettre en suspens ses activités d’exploration de gaz et de pétrole en Mer Rouge, et a suspendu ses plans d’extension de la raffinerie de Ras Tanura (2Md$). M. Nasser a également déclaré, en marge de la conférence au Bahreïn, que Saudi Aramco opérait actuellement 212 rigs de forage, et que la décision d’augmenter ou de diminuer ce chiffre cette année n’avait pas été prise. Un montant d’annulation/report colossal et à vérifier.

La position de l’OPEP pourrait aussi s’appuyer sur la situation économique de la Chine. Selon le Financial Times, le ralentissement de l’économie chinoise pourrait peser sur la croissance mondiale. Le FT rapporte que la production industrielle chinoise (considéré comme un bon proxy de la croissance économique du pays), a cru de 6.8% en janvier et février sur un an. Il s’agit de la plus petite expansion, en excluant la crise financière, depuis 1995. La faiblesse de la demande chinoise a été l’une des causes principales de la baisse des prix des matières premières. Les ventes au détail ont ainsi cru de seulement 10.7% sur les 2 premiers mois de l’année, contre 11.9% en décembre. Le FT rappelle que la croissance chinoise a atteint 7.4% en 2014, et le gouvernement chinois a abaissé son objectif de croissance de « autour de 7.5% » l’année dernière à « autour de 7% » cette année.

En modération, Reuters rapporte les nouvelles prévisions de l’EIA. Celle-ci a revu à la hausse ses prévisions de production de pétrole américaine en 2015, mais a revu à la baisse celles de 2016. Elle s’attend désormais à une production atteignant 9.35Mb/j aux Etats-Unis en 2015, contre 9.30Mb/j dans les précédentes estimations. La révision est due à la hausse des prévisions de production du T4, et à la production offshore dans le Golfe du Mexique, qui est plus résistante aux mouvements des prix que la production onshore. Pour 2016, l’EIA s’attend à une production américaine de 9.49Mb/j, contre 9.52b/j précédemment prévus. Les baisses de production des 2 principales formations de schiste (Bakken et Eagle Ford), vont peser sur la croissance de la production US, précise l’EIA. Une hausse des prévisions de production de pétrole en 2015 qui est pour le moins contrariante. Il faut dire que pendant la première semaine de février, les stocks de brut ont augmenté de 4.5Mb la semaine dernière aux Etats-Unis, à 448Mb (+1% sur la semaine). A Cushing, les stocks ont augmenté de 2.3Mb.

D’ailleurs, dans son dernier rapport mensuel, l’AIE a revu à la hausse de 75 kb/j à 1 Mb/j, la croissance de la demande au T1 2015, pour atteindre 93,5Mb/j en moyenne en 2015. Les Etats-Unis et l’Europe soutiennent la demande mondiale. La production non-OPEP a augmenté de 270 kb/j en février, atteignant 57,3Mb, toujours grâce à la hausse de la production nord-américaine. Les prévisions de production dans la région sont revues à la hausse de 170 kb/j. De son côté, la production OPEP est en recul de 90 kb/j en février, à 30,22 Mb/j. Les hausses de production en Arabie Saoudite, Iran, et Angola, ne parvenant pas à compenser les baisses en Libye et en Irak. L’excédent de pétrole brut, qui atteint 74Mb, continue de compenser le déficit de 30Mb des stocks de produits raffinés. Les prix du pétrole semblent se stabiliser, mais l’équilibre reste précaire. Malgré une baisse importante des rigs en activité en Amérique du Nord, l’offre US ne semble pas ralentir. L’AIE a révisé de 300kb/j à la hausse les estimations de l’offre nord-américaine au T4 2014, à 19,5 Mb/j. Les stocks atteignent un niveau historique de 468Mb, et continuent d’augmenter, ce qui devrait pousser les prix à la baisse. A noter que les perturbations côté offre sont en augmentation : la baisse des recettes fiscales menace la paix sociale chez les pays exportateurs, alors que la situation en Irak et en Libye est toujours préoccupante.