Baisse du baril de pétrole : les pays producteurs de plus en plus impactés

le 13 février 2015

Découvrez les actualités du secteur pétrolier, qui ont marqué la semaine du 9 février au 13 février 2015

Le fait marquant de la semaine vient d’Iran. Selon Reuters, Ali Khamenei, l’actuel guide de la Révolution iranienne, a déclaré qu’il pourrait accepter un accord sur le programme nucléaire iranien avec les puissances occidentales qui soit «juste». Il a ajouté que «les négociations signifiaient trouver un terrain d’entente, ce qui veut dire qu’une des parties pourrait ne pas obtenir tout ce qu’elle désire». Il a cependant réitéré que les iraniens n’accepteraient pas de «demande excessive et de comportement illogique». Les négociateurs ont prévu la date du 30 juin 2015 comme deadline pour trouver un accord sur les actuelles négociations portant sur le programme nucléaire iranien. Un dossier à surveiller et qui pourrait amplifier l’engorgement du marché si les sanctions contre l’Iran venaient à être levées.

Prévisions et polémiques
En attendant, les prévisions de production pétrolière pour 2015 continuent d’alimenter les polémiques. Selon Bloomberg, l’OPEP a coupé ses estimations de production de pétrole en 2015 dans son dernier rapport. Celui-ci précise que l’offre de pétrole en provenance des Etats-Unis devrait croitre de 820 000b/j en 2015, à 13,64Mb/j, soit la moitié de la hausse constatée en 2014. Les estimations de croissance de l’offre non-OPEP ont été coupées de 420 000b/j, à 850 000b/j, à cause notamment des révisions à la baisse des estimations de la production américaine (-130 000b/j) et colombiennes. L’offre non-OPEP devrait toutefois augmenter à 57,09Mb/j en 2015.

Du fait de ces révisions à la baisse de l’offre des pays non-OPEP, l’OPEP prévoit que la demande qui lui sera adressée en 2015 s’élèvera en moyenne à 29,21 Mb/j, soit 430 000 b/j de plus que dans sa précédente estimation, mais 1 Mb/j en deçà de sa production actuelle. Le rapport précise également que la production de l’OPEP a diminué de 53 000b/j en janvier, à 30,15Mb/j, portées par des diminutions dans la production irakienne en janvier (-279 100b/j en janvier, à 3.35Mb/j). Le rapport prévoit enfin une augmentation de la demande globale de 1,3% en 2015, à 92,32Mb/j, tirée en partie par une augmentation de la consommation américaine d’essence. Des statistiques à interpréter prudemment du fait des évolutions en cours de l’offre et de la demande justifiées par la forte baisse des prix du brut. Les données sur la production OPEP en janvier ne sont pas en ligne avec les autres instituts de statistiques qui mettent en évidence une progression de la production OPEP de 500 000 b/j en janvier, notamment en grande partie due à la hausse de la production de l’Irak.

Une offre très abondante
Dans son dernier rapport mensuel, l’AIE a maintenu sa prévision de demande globale pour 2015 à 93,4 Mb/j en hausse de 0,9 Mb/j par rapport à 2014. Le momentum tend toutefois à s’améliorer sur des perspectives macro-économiques en légère amélioration. Compte tenu des baisses d’investissements annoncées, la croissance de l’offre non OPEP a été ramenée à 800 000 b/j en 2015, l’offre US étant réduite de 200 000 b/j par rapport à la précédente estimation soit un niveau de 12,4 Mb/j, les réductions d’offre intervenant surtout en fin d’année. La production OPEP est en baisse de 240 000 b/j en janvier à 30,31 Mb/j du fait de réductions de production en Irak et en Libye en partie compensés par des hausses en Arabie Saoudite, au Koweït, en Angola et au Nigeria. Enfin, l’AIE revient sur le rebond partiel des prix du brut à la fin du mois de janvier au vue des statistiques en forte baisse du nombre d’appareils de forage en activité.

L’agence note toutefois que l’offre reste très abondante et qu’à moins d’une perturbation de l’offre inattendue, les stocks OCDE devraient rejoindre à mi-2015 les points hauts de niveau de stockage atteints en août 1998. L’AIE souligne qu’il n’est pas inhabituel de constater un délai d’adaptation entre la baisse des investissements et la réponse de l’offre mais ce délai semble cette fois plus court que dans le passé du fait de la nature des US Light Tight Oil (LTO). L’AIE a révisé en baisse de 0,3 Mb/j l’offre US pour le T3 15 et de 0,5 Mb/j celle pour le T4 15 portant ainsi la demande adressée à l’OPEP (call on OPEC) à 30,2Mb/j pour le S2 15 soit un niveau supérieur à l’objectif de production de l’OPEP mais inférieur à sa production de janvier 2015 de 30,31 Mb/j. L’offre n’a pas été révisée sur le début d’année et les pressions baissières sur les prix ne sont donc pas achevées.

En attendant, d’après Bloomberg, Jose Eduardo dos Santos, le président angolais, a déclaré que les revenus pétroliers du pays allaient diminuer de moitié en 2015 par rapport à 2014. Ils ne devraient couvrir que 37 % des besoins du pays, contre 70 % en 2014. Le ministre des finances prévoit en conséquence des coupes de 25 % dans les dépenses du pays, à 51Md$, alors que le budget révisé doit être approuvé ce mois-ci. Le nouveau budget prend pour estimation un prix du baril à 40$, contre 81$/b auparavant. Des ajustements douloureux dans un pays où le PIB/habitant est estimé à 5964$ soit au 87ème rang du classement du FMI en 2013.

 

Notations S&P
Dans ce contexte, la révision des notations des dettes des pays pétroliers arrive au plus mal moment. L’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s (S&P) a abaissé d’un cran hier la note souveraine du Bahreïn à BBB- et placé sous perspective négative celle de l’Arabie saoudite (AA-). Chez S&P, la nouvelle note du Bahreïn est la plus faible possible pour les emprunteurs considérés comme fiables. En ce qui concerne l’Arabie Saoudite, l’agence de notation explique qu’en raison de sa haute dépendance au pétrole, la situation des finances publiques du royaume est en train de s’altérer et qu’elle se réserve la possibilité d’abaisser la note (AA-) dans les 2 prochaines années. Dans le même temps, l’agence a encore abaissé hier lundi la note de la dette du Venezuela. Rétrogradée d’un cran à CCC, la note de solvabilité du Venezuela s’approche ainsi de la catégorie des pays en défaut de paiement. S&P n’exclut pas un nouvel abaissement à moyen terme.

Des ajustements de notation suite à la baisse du baril, pour l’Arabie Saoudite l’agence de notation dispose de deux années pour une éventuelle dégradation, on est encore bien loin de la note du Venezuela ! Le Nigéria pourrait voir sa note souveraine abaissée également, alors que les prix du pétrole sont au plus bas et que l’incertitude politique affaiblit le pays. S&P a précisé être en train d’examiner la possibilité d’abaisser la note du pays, précisant qu’il y avait plus de 50 % de chances que le pays perde sa note BB-, soit trois crans en dessous de la catégorie « investment grade« . S&P a également ajouté que la balance courante du pays pourrait afficher un déficit égal à 1,8 % du PIB entre 2015 et 2017, contre une prévision précédente d’un surplus de 3,3 %. Les élections sont organisées le 28 mars.